A SUIVRE Le Voyage à l'envers

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CHAPITRE 31 Un courage exemplaire

CHAPITRE 31 Un courage exemplaire

Pendant que Gelmirez essaie tant bien que mal d’apprivoiser Sebastian, Pedro, de son côté, subit la hargne de don José. L’indien sort de la cuisine à pas comptés ; il porte avec précaution un plateau chargé de verres et de bouteilles. Dans la grande salle, don José et don Martin, debout, discutent avec animation.

- Cortès est au monastère de Guadalupe, déclare don Martin, je le tiens de source sûre.

- Il a raison. C'est là qu'il peut faire les rencontres les plus profitables pour avancer ses affaires.

- La mort de son père a été un rude coup ; il a perdu son meilleur allié.

Dans l'entrée, non loin de la porte, Millan et Ramon ont aussi leur discussion.

- Et moi je te parie qu'on peut le faire sans verser une goutte de sang.

- D'accord mais en y allant mollo. Où est le plaisir ?

- Sans y aller mollo ; il suffit de doser. Tu n'es pas obligé de fendre la peau.

Peu convaincu, Millan fait la moue. Ramon le pousse du coude.

- Y a un moyen très simple de le savoir.

Pedro se prépare à pénétrer dans la grande salle. Les deux hommes hochent la tête, se précipitent et poussent violemment le jeune homme qui trébuche, lâche son plateau et tombe à terre. Le vin éclabousse copieusement don José et don Martin qui vocifèrent :

- Tu ne peux pas faire attention, triple buse ?

- Ca, tu vas me le payer ! éructe don José.

- Il vous nous le payer ! J’ai souffert de sa maladresse, il est juste que j'ai part au châtiment. Millan !

- Ramon ! Venez un peu nous montrer vos talents !

Un peu plus tard, Ramon et son complice pénètrent d'un pas allègre chez Anita.

- Anita, du vin ! Et du meilleur !

En les reconnaissant, la digne aubergiste fait la grimace mais apporte le vin demandé.

- Montre ton argent.

- Le voilà, réplique Millan en étalant des pièces sur la table.

Anita empoche l'argent et s'éloigne en bougonnant. Mais les deux compères n'en ont cure et entrechoquent leurs verres avec entrain.

- Au meilleur ! lance Millan. C'est toi qui avais raison.

- Pas une goutte, je te dis. Seulement, le dos va lui cuire un certain temps !

- Vu la raclée qu'il a prise, c'est pas étonnant !

Quelque  temps et de nouveaux verres après, une jeune servante, intriguée par les propos entendus en passant, les rapporte à Anita qui s'approche aussitôt, tout sourires.

- Vous avez l'air de joyeuse humeur, tous les deux.

- Y a de quoi, déclare Millan d'un ton satisfait en vidant un nouveau verre de vin, Ramon a gagné son pari. Même si j'y suis de ma poche, j’suis content d'avoir vu ça.

Ramon lui lance un regard inquiet.

- Fais pas attention à c'qui dit. Il est saoul.

- Saoul, moi ? Tu veux rire ! Je me sens en pleine forme.

- Faut être saoul pour être content d'avoir perdu un pari, insiste Anita.

- Le spectacle valait largement le prix, assure Millan, hilare.

- Le spectacle, quel spectacle ?

- Aucun intérêt, déclare Ramon, d'ailleurs on s'en va.

- Mais non on s'en va pas ! braille Millan, un exploit pareil, ça se raconte. Tu le croiras pas, Anita, mais il a réussi à obéir à don José sans verser une goutte de sang !  C'est  pas beau, ça ?

- Sans verser une goutte de sang ! répète Anita, et à quelle occasion précisément ?

La voix s'est fait plus dure et Ramon cherche des yeux une sortie proche.

- Ben, quand il a fallu corriger ce damné indien ! Il avait renversé une pleine bouteille de vin sur les maîtres.  Ils en avaient partout ! A croire qu'ils s'étaient baignés dedans. Alors, forcément, don José pouvait pas laisser passer ça et don Martin non plus. Alors ils ont décidé d'enchaîner Pedro à la cave. Mais avant on s'est occupés de lui et c’est là que Ramon s'est surpassé ! Moi j'ai essayé de faire aussi bien mais c'est dur ! Alors c'est lui qui a gagné le concours.

Anita met ses poings sur ses hanches et tonne :

- Tu veux dire que votre pari, c'était sur le dos de cet indien ?

Millan éclate d'un rire épais.

- Sur le dos, oui, on peut le dire !

- Et don José est au courant ?

- Au courant ? C’est lui qui comptait les coups !

Millan ne sut jamais qui avait lancé le premier coup de poing mais bientôt la bagarre fut générale. Chaises, pichets et objets divers s'abattirent sur les deux hommes ainsi que des dizaines de pieds et de poings. Enfin, Anita les fait jeter sur le pavé, meurtris, tuméfiés, ensanglantés.

- Maintenant que nous avons sorti les ordures, mettons un peu d'ordre, lance -t- elle à la cantonade.  Royale, elle rentre dans son auberge sous les ovations de la foule.



10/02/2009
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