A SUIVRE Le Voyage à l'envers

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CHAPITRE 24 La colère du jaguar

CHAPITRE 24 La colère du jaguar

            La nuit commence à tomber. Gonzalo Rubio se promène sur la corniche.  Habillé de neuf, il savoure la fraîcheur du soir.  Son expédition aux Indes a été un vrai succès et sa toute nouvelle richesse lui a fait beaucoup d’amis.  Il a passé sa journée avec eux et ses idées ne sont plus très nettes. Néanmoins, il se sent heureux de vivre et sifflote joyeusement. Tout à coup il sursaute.   A l’angle de la rue, il vient d’apercevoir deux lueurs. Curieux, il accélère l’allure. Soudain les lueurs bougent et il reconnaît avec effroi le jaguar du roi. L’animal plante son regard bleu dans les yeux affolés de l’homme. Le jaguar glisse sur les galets de la rue et avance lentement vers le conquérant qui recule, éperdu. Puis, petit à petit, l’animal accélère et l’homme se met à courir. Vite, toujours plus vite. L’homme a saisi son épée et tente d’en frapper l’animal ; mais il parvient à peine à lui faire quelques estafilades.  Affolé, le conquérant se jette dans une rue avoisinante et très sombre, puis dans une autre, mais le jaguar semble deviner ses mouvements et le suit sans aucune difficulté dans les ruelles tortueuses. A un moment Gonzalo Rubio croit avoir semé son féroce poursuivant mais il s’aperçoit avec terreur que l’animal l’attend à l’autre bout de la rue, comme s’il avait anticipé la manœuvre. Le conquérant aperçoit la grille d’un jardin, l’atteint d’un bond, la pousse et se réfugie dans la minuscule cour. Mais, sous le regard épouvanté de l’homme le jaguar fait sauter le loquet d’un coup de patte et se rue dans le jardin.  Verdera n’a que le temps de sauter par dessus une haie et court devant lui à perdre haleine. Enfin, il grimpe sur le muret qui surplombe le ravin entourant la cité. Le jaguar se précipite vers lui, bondit et se dresse sur ses pattes arrière, le regard fiché dans les yeux du conquérant. Un regard plein de reproches, plein de haine.
   - Mais qui es-tu ? Et que veux-tu ? hurle Rubio.

Il esquisse un geste pour chasser l’animal, perd l’équilibre, fait quelques moulinets avec ses bras, pousse un hurlement et s’écrase sur les rochers. L’animal lui jette un regard méprisant, redescend dans la rue et disparaît dans la nuit. Curieusement, son dompteur ne s’est pas aperçu de son absence.

Le lendemain matin au petit déjeuner, alors que tous sont attablés dans la grande cuisine, Ramon ouvre précipitamment la porte, essoufflé et les yeux brillants.

    - Vous savez la dernière ?

Teresa pose les corbeilles de pain sur la table.

   - Quoi encore ? Tu as fait l’aumône à un pauvre ?

Ramon hausse les épaules.
    -  Gonzalo Rubio est mort, annonce -t- il .On l’a retrouvé la nuque brisée. Il avait d’étranges traces de griffes sur les mains. Et évidemment, il n’avait plus un sou.

Les exclamations fusent.

- Ca alors ! Après la fête d’hier soir, c’est pas de chance !

 - Mais on l’a tué ou pas ?

  - Ca, on n’en sait rien mais en tout cas, il avait plus d’argent. Vous voulez que je vous montre l’endroit ?

- Tu parles !

En un clin d’œil, la cuisine s’est vidée. Seul Pedro termine tranquillement de manger.

   - Ca ne t’intéresse pas ? demande la cuisinière.

   - Pas vraiment. Un mort de plus ou de moins...
   - C’est curieux, tout de même, murmure Teresa, pensive. 

- Même les conquérants meurent...

Teresa tressaille et observe l’Indien, perplexe.

- Toi, tu en sais plus que tu ne veux en dire.

Pedro a un petit sourire en coin mais ne répond pas.
  - Qu'est-ce que tu as aux mains ? On dirait des estafilades ?
 Pedro contemple les petites lignes rougeâtres.

   - Ce n’est rien, j’ai dû me couper avec les ronces. Il y en a beaucoup par ici.



01/02/2009
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