A SUIVRE Le Voyage à l'envers

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CHAPITRE 9 Vae victis ?

CHAPITRE 9 Vae victis ? [1]

La réception royale a pris fin et désormais, les discussions vont bon train à la Cour.   Comme il se doit, don José et ses compagnons sont les héros du jour. Chacun s'empresse autour d'eux et des Indiens qui attirent toutes les curiosités.

  - C'est vraiment un signe de Dieu que vous ayez pu arriver à Tolède juste après Pâques, remarque un des courtisans.

- Une preuve de plus, si besoin était, que votre entreprise est bénie, poursuit un autre.

Don Martin se rengorge.

- Que voulez-vous, Messieurs, il faut bien que cet or païen serve la plus grande gloire de Dieu et, dès demain, nous irons faire une offrande à Saint –Jean- des- Rois.

- Voilà une pieuse pensée et qui vous honore, don Martin, renchérit un troisième.

Pendant ce temps, les Indiens, un peu à l'écart, toujours vêtus de leur costume d'apparat, semblent complètement absents. Un des courtisans, un homme d'une trentaine d'années, la mine altière, le geste assuré et de belle prestance, observe un instant les prisonniers.

 - Ce sont tout de même de curieux êtres que tu nous as ramenés là, mon cher frère. Étaient-ils vraiment vêtus ainsi ?

- Exactement, Carlos.  Comme tu le sais nous les avons trouvés en train d'accomplir une affreuse cérémonie païenne et il va sans dire que, pour cette grande occasion, ils avaient revêtu leurs plus beaux atours, ou plutôt ce qu'ils pensaient être de beaux atours.

Les courtisans s'esclaffent.

- Je nous vois très bien nous présenter ainsi vêtus devant sa Majesté, poursuit don Carlos.

- C'est pour le coup que nous aurions du succès !  Mais dites-moi, don José, interroge un autre, ces costumes ont l'air bien fragiles. Ne me dites pas qu'ils les ont portés durant tout le trajet sans les abîmer plus que cela ?

- Évidemment non, explique don José. Dès que nous les avons capturés, nous nous sommes hâtés de leur faire revêtir des vêtements chrétiens ; ce qui n'a pas été une mince affaire, croyez moi. On ne saurait croire comme ces animaux là ont la tête dure ! Seulement, nous avons gardé leurs parures sauvages pour égayer le roi et la cour.

- Tu as bien fait, approuve Carlos, les conquérants ont toujours eu à coeur de montrer quelles grandes merveilles ils ont pu découvrir dans ces terres lointaines. C'est bien naturel et tout à ton honneur d'avoir pensé aux rois si longtemps à l'avance.

- L'intérêt du roi ne doit- il pas être notre seul but ? réplique le conquérant avec onction.

Tous approuvent chaleureusement.

- Mais dis-moi, José, poursuit don Carlos, est- il vrai qu'on trouve aux Indes des hommes qui ont le visage au milieu de la poitrine et d'autres qui ont des têtes de chien ?

- Je n'en ai pas vu mais certains l'affirment et je n'ai aucune raison de mettre leur parole en doute.

- Bien sûr, bien sûr. Mais ceux que tu as ramenés, sont-ils comme nous ? insiste le jeune homme

- Comme nous ? relève un autre. Voyons, don Carlos, vous n'y pensez pas. Ils sont forcément différents.

- Pour sûr, ajoute un autre. Ils doivent descendre de la tribu perdue d'Israël. On dit qu'ils accumulèrent tant de péchés que Dieu déchargea sa colère contre eux et les fit descendre au rang des animaux.

- Voilà qui expliquerait bien des choses, assure don José

- Il n'empêche, poursuit son frère, ils nous ressemblent de point en point.

- Pour l'extérieur assurément, car Dieu créa l'homme à son image mais il n'est pas moins sûr que Dieu les dota d'une conscience et d'une âme de moindre consistance, à supposer qu'ils en aient une.

- Il est un moyen bien simple de s'en assurer, lance un courtisan. Faites-en approcher un, que nous l'examinions tout à loisir.

- Si cela vous est agréable...

Don José se tourne alors vers Pedro et lui fait signe d'approcher. Le regard vide, le jeune homme obéit en silence et les courtisans l'observent longuement.

- Ouvre la bouche, ordonne don José

- Les dents ont l'air saines, observe l'un des courtisans. Vous n'avez pas fait une trop mauvaise affaire.

- Et pourtant, il m'a donné du fil à retordre, celui-là.  Croyez moi, la plus lourde hache de pierre se brise sur leur crâne, tant il est dur !

Les courtisans s'esclaffent tandis que l'Indien demeure impassible.

- Mais maintenant il est plus docile qu'un agneau, se vante don José. Que voulez-vous, il suffit de savoir les mater. Désormais il sait qui est son maître.

- Voilà un bien beau résultat en si peu de temps.

- Vous allez voir. A genoux.

Sans mot dire le jeune homme s'exécute.

- Impressionnant, s'exclament les courtisans.

- Tu peux te relever maintenant.

Toujours impassible  les yeux baissés, Pedro se relève.

- Vous voyez, Messieurs, il est bien dressé.

- D'accord. Mais est il comme un chien qui n'obéit qu'à son maître ou bien a -t- il compris que nous autres Espagnols sommes destinés à être ses maîtres, toujours et partout ?

- Essayez vous- mêmes, vous verrez bien.

Ravis, les courtisans s'amusèrent beaucoup de ce nouveau jeu. Comme un automate, Pedro obéissait sans broncher aux « debout » et « assis » qui se succédaient de plus en plus vite. Enfin, il trébuche et met une seconde de trop à répondre à l'ordre ; don José le bouscule violemment et le jeune homme tombe à terre au milieu des éclats de rire. Soudain une voix glaciale fait sursauter les rieurs :

- Voilà des jeux indignes de gentilshommes, Messieurs !

Les jeunes gens se retournent vivement et se trouvent nez à nez avec don Alejandro de Mendoza, visiblement furieux.

- Et quoi, mon père, lance don José, moqueur, prendriez vous le parti des sauvages ?

- En prenant celui de l'honneur, je suis sûr de ne pas vous y rencontrer, Monsieur, réplique vertement le marquis.

Et, tandis qu'un silence gêné s'abat sur l'assemblée et que don José pâlit de rage sans toutefois oser répliquer, don Alejandro se penche vers l'Indien toujours à terre et lui tend la main.

- Veuillez pardonner à ces jeunes fous, Monsieur,    ils ne savent pas encore bien se conduire.

Pedro hésite un instant puis saisit la main tendue et se redresse d'un bond. Ses yeux se lèvent rapidement sur don Alejandro et pétillent un instant.  Le marquis sourit et se tourne vers don Carlos.

  -  Je suis profondément déçu par ton attitude, Carlos, et j'attendais de toi un peu plus d'honneur et de courage. Nous en reparlerons ce soir.

Don José, un sourire moqueur aux lèvres, prend l'assistance à témoin.

- Ne trouvez vous pas, Messieurs, que nous avons passé l'âge de nous faire tancer comme des petits garçons ? Voilà bien des parents qui refusent de voir grandir leurs enfants !

Le marquis plante alors son regard brûlant dans les yeux de son fils :

-  Si vous étiez encore d'âge à recevoir les étrivières et si je pensais que cela puisse vous amender, si peu que ce soit, croyez bien que je n'hésiterai pas une seconde. Malheureusement, seul un miracle pourrait faire un gentilhomme d'un soudard !

Et, sans rien ajouter, le marquis tourne les talons et rejoint le roi, laissant ses deux fils, l'un dans l'inquiétude, l'autre dans la fureur la plus noire. Mais, même si personne n'ose l'avouer, la semonce a été si forte que le petit groupe se dissout instantanément.

Profondément humilié, don Carlos de Mendoza, fil aîné et héritier du puissant marquis, mâche et remâche l'affront. Il a la mine si sombre que son épouse Casilda n'ose même pas lui demander de quoi il retourne. Enfin, n'y tenant plus, en fin d'après-midi, il se rend chez son père, moitié pour lui obéir, moitié pour exhaler sa rancœur.  Comme d'habitude, il trouve sa mère dans son petit salon en compagnie de Fidelia qui lui fait la lecture.

- Carlos, quel bon vent t'amène ?

Le jeune homme s'approche pour l'embrasser.

- Oh ! Vu ta mine, il a dû se passer quelque chose.

Carlos hoche la tête.

- Quelque chose de grave ?

Nouveau hochement de tête.

- Fidelia, laisse nous, veux- tu ?

Après le départ de la suivante, Carlos s'assoit sur un petit tabouret aux pieds de sa mère.

- Je me suis disputé avec père, avoue- t-il

- Disputé ?

-  Enfin, c'est plutôt lui qui a jugé utile de me sermonner comme un enfant devant tous mes amis et en pleine cour ! explose-t- il.  Tu te rends compte ?  Je n'ai plus dix ans !

Sol fronce légèrement les sourcils, signe chez elle d'une grande perplexité.

- Si tu me racontais depuis le début ? Je ne te suis pas très bien.

- Tu sais que c'est aujourd'hui que José présentait à la cour les Indiens qu'il a ramenés.  Évidemment, après le défilé de ce matin j'étais curieux de les voir.  Tu comprends, ils avaient exécuté une danse tellement inhabituelle et puis leurs costumes, leurs mines... Bref, j'étais comme tout le monde, je voulais les voir...

Un temps. Carlos lance un regard à sa mère mais celle-ci, impassible, le fixe avec attention.

- Continue.

- Après bien des questions, quelqu'un a demandé à en voir un de plus près ; José en a alors fait avancer un, qu'on puisse l'examiner.  don Martin a alors demandé si José n'avait pas eu trop de mal à en faire un bon serviteur.  C'est vrai, quoi ; ces Indiens sont réputés tellement paresseux...Alors, par jeu, il nous a dit de lui donner un ordre et qu'il obéirait aussitôt. Nous lui avons demandé de se lever et de s'asseoir plusieurs fois. Ce n'était pas bien méchant.  A la fin il a glissé et il est tombé. Ce sont des choses qui arrivent, non ?  Et voilà que père arrive, furieux, et se met à nous traiter de tous les noms, comme si nous nous étions rendus coupables des plus grands crimes. Et tout ça pour in Indien, un sauvage, un vaincu ! Et le droit de la guerre alors ?

Un peu essoufflé de sa longue diatribe, Carlos s'arrête un instant et regarde sa mère. Il sursaute : le visage si doux d'habitude s'est durci, les lèvres sont serrées, les yeux brillent de colère.

- Mon fils, commence Sol d'une voix glaciale, si tu attends que je te donne raison, tu peux attendre. Mais si tu veux tout ton saoul t'en prendre aux exilés, aux vaincus, aux esclaves, il va falloir commencer par ta mère !

Les yeux écarquillés, bouche bée, Carlos fixe sa mère sans comprendre.

- Qu'est-ce que tu dis ? Ca n'a pas de sens !

- Au contraire, mon fils, c'est la pure vérité. Je ne t'ai jamais vraiment raconté comment j'avais rencontré ton père mais visiblement il est temps que tu saches.

  - Je sais que vous vous êtes connus à Malaga et que la reine a accepté qu'il t'épouse après la mort de ma mère.

- Tu sais aussi que je suis un cadeau de la reine, ce qu'on appelle communément une esclave ?

- Je sais que papa t'a obtenue pour sa bravoure.

- Ca, c'est la version pour enfants, mon fils.   Celle que les vainqueurs racontent pour se donner le beau rôle. Et que les historiographes s'empressent de consigner. Tu ne veux pas être traité en petit garçon ? Soit, mais es-tu prêt à écouter le récit des vaincus ?

- Tu me fais peur, Maman...

- Tu as raison d'avoir peur car l'histoire que je vais te raconter n'a pas grand chose à voir avec les hauts faits dont ces Messieurs se gargarisent d'habitude, excepté ton père, tu l'as peut -être remarqué.

- Oui, mais je ne vois pas...

- Tu vas comprendre tout de suite.  En 1487, j'avais juste seize ans et mon père était le gouverneur de Malaga, Ahmed El Zegri le Valeureux. Les chrétiens nous harcelaient depuis longtemps mais ils n'avaient pas encore pu venir à bout de nos guerriers.  Alors ils ont eu recours à l'arme la plus terrible et la plus lâche : la faim.  Ils ont organisé le blocus de la ville et les provisions se sont épuisées.  Les rues étaient encombrées de cadavres et d'ailleurs, avant d'entrer dans la ville, les vainqueurs ont dû attendre qu'on la purifie .J'ai mangé des choses que je n'aurais même pas osé regarder avant et jusqu'à des feuilles séchées.  Mon père ne savait plus quoi faire. J'étais la fille de son épouse favorite mais il avait aussi de jeunes enfants en bas âge. Je les ai vus mourir dans les bras de leurs mères, les uns après les autres.  Toute la ville retentissait des pleurs des mères, de la rage des hommes et des lamentations sur notre impuissance... Après trois mois de cet enfer, la ville s'est rendue. C'était le 18 d'août 1487, je te jure que je ne peux pas oublier cette date.  Deux jours après, mon père, l'homme le plus courageux que j'aie jamais connu, la terreur des castillans, qui ne craignait personne sur le champ de bataille et voulait s'ensevelir sous les ruines du Gibralfaro, a fini par se rendre. Malgré sa valeur, il a été jeté en prison et il y est mort. Mais dans les fers il restait plus grand que le vainqueur. Ma mère s'est poignardée car elle ne savait que trop bien le sort réservé aux femmes dans les villes prises. Moi, je l'avoue, je n'ai pas eu ce courage. Je voyais tout mon monde s'écrouler autour de moi et je ne comprenais pas. Soudain, j'ai vu des hommes armés pénétrer dans le harem et se précipiter sur nous. Nous avons craint le pire mais un homme a lancé un ordre : nous devions rester vierges, je l'ai appris plus tard. Ils voulaient sans doute nous vendre plus cher. Ils ont obéi mais il y a tant de manières d'humilier une femme. Ils nous ont infligé leurs étreintes immondes, leurs baisers répugnants, leurs rires gras et leurs gestes obscènes. Et ils ne se privaient pas de nous bousculer pour nous faire avancer plus vite.

- Maman...

- Tais- toi.   Ils nous ont tous rassemblés dans les cours. Nous tombions d'inanition. Certes, nous avons été nourris : il faut bien s'occuper du cheptel si on veut qu'il rapporte.

- Maman...

- Ils ont allumé des bûchers et ils ont brûlé les juifs, même convertis et tous ceux qui, de près ou de loin, leur paraissaient des renégats.  De la prison où on nous gardait, le vent n'amenait plus les senteurs des jardins mais une odeur écœurante de chair brûlée.   Ils ont trouvé aussi un jeu très drôle ; ils ont joué aux cannes, cette noble joute entre chevaliers, mais avec les renégats pour cible : ils sont morts percés de lances. C'est ce qu'on appelle joindre l'utile à l'agréable.

Carlos n'ose même plus regarder sa mère.

- Et alors ?  lance- t-il d'une voix étranglée. .                                                                                

-  Alors ? Les juifs ont proposé leurs bijoux pour se sauver : Ferdinand les a laissés tout verser et puis il a dit que tout lui appartenait déjà. Alors, tout le monde a compris ce que valait la parole royale.  L'or et les bijoux on été cachés. Pour les avoir, Ferdinand nous a fait croire que nous pouvions payer une rançon et puis, huit mois après, comme il en manquait un peu, il a réduit tout le monde en esclavage mais a gardé la rançon ! Malheur aux vaincus. Nous avons dû quitter nos maisons et tout abandonner à nos vainqueurs. Mais quelle importance ? Des esclaves n'ont plus rien, ne sont plus rien.  Ils doivent servir leur maître et leur verser à boire dans des vases d'or qui leur ont appartenu ! Isabelle et Ferdinand ont racheté des chrétiens mais surtout   vendu la plupart des habitants sur les marchés du sud pour rentrer dans leurs frais. Ils ont aussi fait des cadeaux à leurs fidèles et loyaux sujets.   Je te laisse à imaginer le sort des femmes... Bien sûr, le roi avait interdit le pillage mais des hommes ont bien le droit de s'amuser avec leurs cadeaux, non ?   Nous attendions, tremblantes, et chaque jour, ils venaient prendre certaines d'entre nous. Il n'était pas difficile d'imaginer la suite...Et puis un soir ça a été mon tour. J'étais bien décidée à me défendre bec et ongles.  Seulement, pour arriver à l'endroit que l'on me destinait, j'ai dû traverser le camp.  Et là, mon fils, l'enfer s'est ouvert à mes yeux. Le mal à l'état brut.  J'ai vu des hommes posséder une fillette à peine nubile. Juste à côté, quatre « gentilshommes » faisaient cercle autour d'une adolescente affolée : chacun la repoussait vers un autre en lui arrachant un morceau de sa robe. Et ils riaient, ils riaient ! Plus loin, quatre hommes robustes maintenaient solidement au sol une femme aux habits déchirés pendant qu'un cinquième la violait en l'insultant.  Voilà ce qui m'attendait !

- Tais toi, tais toi... gémit Carlos. 

- Non, tu dois savoir. Il y a trop longtemps que tu es dans le camp des puissants.  Apprends un peu ce qu'on ressent quand on est dans celui des vaincus. J'ai vu une gamine balancée dans une tente et dehors, une trentaine d'hommes qui attendaient leur tour. Un cadeau de leur chef, je suppose.  On l'a entendue hurler toute la nuit.  Le droit de la guerre sans doute ?    Et ne me dis surtout pas que cela se fait partout !

Cramoisi, les yeux baissés Carlos fixe obstinément le sol.

- Voilà le sort qui m'attendait. Car la reine Isabel, dans sa grande mansuétude, avait décidé de m'offrir comme récompense à l'un de ces vaillants   soldats pour prix de sa bravoure.  De la bravoure ! On m'a jetée dans une tente vide richement ornée, pleine de coussins et de coupes de fruits. La seule chose que j'aie vue, c'est un petit couteau au milieu des fruits.  Je m'en suis aussitôt emparé et j'ai attendu mon agresseur de pied ferme.  Il n'a pas tardé à arriver.

- C'était Papa ?

- C'était ton père. Il est entré, il m'a regardée et il a souri. Un sourire un peu gêné, un peu maladroit. Quand il s'est approché de moi, j'ai tiré mon petit poignard et je l'en ai menacé.    Seulement, il n'a pas eu grand mal à me désarmer. Mais, même désarmée, je le fixais avec tant de fureur qu'il a reculé d'un pas. Il m'a encore regardée et il a dit  « Ne crains rien, ma jolie, je n'ai pas l'intention de te prendre de force, je suis bien trop orgueilleux pour ça »

Malgré son désarroi, Carlos réussit à sourire ;

- Et alors ?

-  Alors, il a fait appel à son écuyer, lui a dit de prendre quelques hommes avec lui et de surveiller la tente car personne ne devait y entrer. A peine une demi -heure plus tard, j'ai vu arriver deux femmes pour s'occuper de moi ;   j'ai appris plus tard qu'il les avait rachetées à un soldat qui voulait leur faire un mauvais sort. L'une d'elle était Fidelia. Mais ton père je ne l'ai pas revu de la nuit.

- Mais où était-il ?

- Avec Monseigneur de Talavera ! Il ne voulait pas succomber et il avait décidé qu'il valait mieux, pour cela, être le plus loin possible de cette tentation.  Car ton père est un vrai gentilhomme, lui, incapable d'une action basse, incapable aussi de s'y laisser entraîner sous prétexte que tout le monde le fait.  Comme l'armée devait rester quelque temps dans le coin, il m'a installé dans une petite maison avec mes deux servantes. Tous les soirs il venait voir si j'acceptais de le recevoir et tous les soirs je refusais. Ca ne l'empêchait pas de laisser tout l'argent nécessaire à mon entretien.  Cela a duré trois



17/12/2008
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