A SUIVRE Le Voyage à l'envers

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CHAPITRE 46 La porte d’ivoire

CHAPITRE 46  La porte d’ivoire 

      Songeuse, Ana brosse longuement ses longs cheveux noirs. La nuit est tombée et l’étoile du soir scintille dans le ciel sombre comme un sourire de la nuit. Quelle curieuse succession d’événements, songe la jeune femme en se contemplant dans un miroir.  D’abord cet oiseau obstiné au plumage si doux et si lumineux qui s’était laisse caresser sans bouger. Lequel avait apprivoisé l’autre ?  Et cette manière qu’il avait eue de s’élancer vers le soleil comme un navire rentre au port… Vers le soleil, ad solem : le rappel de la devise familiale la fait sourire. Mais soudain son esprit glisse sur ce pain volé et elle se fait grave : quel homme peut être à ce point dévoué à ses amis, quel genre de courage faut- il posséder… Elle frissonne et pose sa brosse. Mais le regard brûlant du jeune homme s’est planté dans sa mémoire et y brûle encore, dans le flamboiement irréel de ce fascinant collier… Ana secoue la tête pour chasser cette vision obsédante et finit par se coucher.  Sa tête roule sur l’oreiller. Est-ce la porte d’ivoire qui s’entrouvre pour laisser passe ce rêve ? Comme ce ciel est bleu. Et rose aussi … Est-ce le soir ou le matin qu’indique l’étoile ?  La terre embaume, le ciel resplendit, un homme s’avance au loin, un homme au visage très doux, au sourire bienveillant. L’oiseau couleur d’émeraude perché sur son épaule ressemble à celui qui lui a souri ce matin.  La silhouette lui semble familière, étrangement familière… Mais où a t elle pu le connaître ?

     Pendant ce temps, allongé sur sa paillasse, Pedro, lui aussi, songe à sa journée. La danse était plutôt réussie… et ces imbéciles ont applaudi ! Ils ne pouvaient pas savoir que c’était une déclaration de guerre… Il soupire… la guerre… quelle guerre peut il bien mener ? Même le jaguar, le seigneur de la forêt, si puissante et si noble, si redouté aussi, a été fait prisonnier et mis en laisse.   Que peut il espérer ? Partir vers le soleil, comme le quetzal… Ses yeux se ferment et il s’endort enfin… Les longues plumes soyeuses du quetzal resplendissent au soleil, elles flamboient et glisse vers le sol tapissé de feuilles où ondule un serpent couleur d’émeraude… Est-ce un jaguar, ces deux diamants verts qui scintillent dans les fourrés ?  Ils brillent, brillent jusqu' à devenir un soleil éblouissant qui chasse toutes les ombres, un jaguar majestueux et triomphant qui pose sa patte sur le cœur du jeune homme et le remplit d’espoir…Le ciel s’emplit de lueurs bleues et roses. Vénus rayonne encore un moment avant de disparaître. Une nouvelle journée commence.


02/03/2009
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