A SUIVRE Le Voyage à l'envers

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CHAPITRE 34 La raison du plus fort ...

CHAPITRE 34 La raison du plus fort ...

L’aube se lève à peine et déjà Pedro arpente les rues, la mine maussade, les traits tirés. Don José a passé une bonne partie de la nuit à boire et à jouer avec ses amis et ils sont rentrés très tard.  Comme par ailleurs Ramon fait tout pour lui rendre la vie impossible malgré les objurgations de Teresa, la cuisinière lui a donné quartier libre et il erre dans les rues désertes. Du pied, il écarte rageusement quelques pierres et soupire en apercevant les chaînes pendant aux murs de St Jean des Rois. Les captifs libérés des Maures les ont accrochées là : quand pourra t il y accrocher les siennes ?  Toute la nuit, Don José a ajouté au spectacle peu ragoûtant de ses beuveries d’innombrables insultes et coups qui lui ont fait serrer poings et dents. A ce souvenir un simple haussement d’épaules lui arrache une grimace.  Il sent monter en lui une rage sourde qu’il contrôle de moins en moins bien. Un jour, il explosera et alors tout sera dit... Faut il le craindre ou l’espérer ? Il secoue la tête et s’engage dans une ruelle étroite. Soudain des cris le font sursauter.

- Faites place à Monseigneur le marquis de Montemayor, faites place.

Il se retourne vivement et aperçoit des laquais en tenue chamarrée qui tentent de forcer le passage. La ruelle est si étroite que le cheval du marquis ne peut s’y engager qu’au pas.  Pedro se campe sur ses jambes et observe les laquais. Le plus âgé, la mine hautaine, l’apostrophe violemment.

-  Alors, misérable, tu te bouges, oui ? Monseigneur veut passer.

- Ah vraiment ? Et bien monseigneur attendra, je ne suis pas pressé.

Stupéfait le laquais le fixe, bouche bée.

- Qu'est ce que tu dis ? Qu'est ce que tu oses dire, espèce de chien ?

Pedro a un geste large de la main.

- Tu vois, la rue est étroite et je n’ai pas l’intention de bouger. Alors, ton monseigneur va attendre, je te dis. Attendre mon bon plaisir.

Don Alejandro, qui n’a pas suivi l’altercation, s’impatiente.

- Et bien quoi ? Faites place, le roi m’attend !

Pedro lève les yeux et le regarde bien en face ?

- Et qu'est ce que vous voulez que ça me fasse ?

Don Alejandro s’empourpre :

- Éjectez moi cet insolent !

Les laquais se précipitent mais Pedro ne se laisse pas faire et, tout en esquivant les coups avec souplesse, distribue force coups de pied et de poings qui étendent rapidement ceux qui ne se sont pas enfuis.  Furieux, Don Alejandro s’approche, arme au poing.

- Armé et à cheval ? lance Pedro. Bravo ! Quel courage ! Tous pareils !

- Non mais sais tu à qui tu parles vraiment ? Je pourrai t’envoyer à la potence dès ce soir !

- Mais faites donc ! Vous ne savez que vous acharner sur des hommes désarmés ! La noblesse castillane, je suppose ?

Don Alejandro lui lance un regard furieux mais Pedro ne cille même pas et poursuit.

- De toutes façons, vous ne savez que piller, détruire, massacrer ! Et vous vous croyez civilisés ! Vous n’êtes que des bêtes brutes, assoiffées de sang !

Stupéfait par tant de véhémence, Don Alejandro a mis pied à terre, s’approche du jeune homme et l’observe attentivement sans mot dire.

- Et bien quoi ? Qu'est ce qui vous étonne autant ?  Qu’il  n’y pas que des courtisans sur cette terre ? A moins que vous réfléchissiez à la manière de me faire mourir ?

- Tu fais partie   de cette bande d’indiens qui ont été ramenés des Indes ?

- Non. J’ai traversé l’Atlantique à la nage pour savourer les délices de la civilisation !

- Pourquoi me braver   aussi violemment ?

- Parce que je suis un animal incapable de reconnaître ce qu’il doit à ses maîtres !

Il a craché le mot « maîtres » avec tant de haine que Don Alejandro en demeure interdit.

- Et chez qui es tu ? interroge t il posément.

- Chez Monseigneur Don José de Mendoza  y Bocanegra , assassin et pillard à ses heures.

Don Alejandro hoche la tête.

- Et tu ne restes pas à attendre ses ordres ?

- Monseigneur cuve ! Il s’est saoulé toute la nuit en grand seigneur qu’il est.

- Tu n’as pas les grands seigneurs en très haute estime, à ce que je vois.

- Je n’ai rien vu qui puisse me faire changer d’avis.

Un temps. Les deux hommes s’affrontent du regard. A ce moment précis, les alguazils, alertés par les laquais, débouchent dans la rue.

- Ce misérable vous importune, monseigneur ? interroge le chef.

Don Alejandro lui lance un regard hautain.

- De quoi vous mêlez vous ? rétorque t il, glacial.

Le chef se trouble.

- Mais c’est vos laquais qui...

- Imaginez vous qu’ici c’est moi qui donne les ordres. Pas mes laquais. Et je ne vous ai rien demandé, il me semble.

- Vous êtes sûr que...

- Je n’ai jamais admis qu’on mette ma parole en doute et ceux qui essaient le paient généralement très cher. Rompez.

Vaincu, le chef tourne les talons, suivi de ses hommes.  Don Alejandro les regarde disparaître au coin de la rue, lance un regard perçant à Pedro et remonte à cheval. Mais le jeune homme pose sur lui un regard tellement intense qu’il tient à préciser.

- Et bien non, je ne vais pas te livrer aux bourreaux. Vois tu, j’ai autre chose à faire qu’à servir de prétexte à des captifs en mal de mort violente.

Pedro tressaille.

- Et puis, comme j’ai déjà eu l’honneur de te le dire, le roi m’attend. A plus tard.

Et sans ajouter un mot, le marquis éperonne son cheval et laisse derrière lui un Pedro ébahi autant que perplexe.




19/02/2009
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